L’aire urbaine de Tōkyō (1) s’étend sur plusieurs périmètres, dont la Région Métropolitaine de Tōkyō, qui comprend la ville-centre et trois préfectures. Cette mégapole compte au total quelque 33 millions d'habitants, soit plus du quart de la population totale du Japon, sur 13 548 km².
L’aire urbaine de Tokyo présente des similitudes avec l’Ile de France : la ville-centre a un statut à la fois de Ville et de Département, sa densité et ses moyens sont aussi beaucoup plus importants que ceux des villes et des départements périphériques. En effet la ville-centre de l’agglomération, le Gouvernement Metropolitain de Tōkyō (TMG), est le cœur de la vie politique, économique et culturelle japonaise. Elle compte 12,25 millions d’habitants sur 2 145 km², soit une densité de plus de 5 700 habitants au km2.
L’agglomération de Tōkyō doit faire face à de nombreux défis : les conséquences d’une crise économique très profonde, le fonctionnement complexe d’une très grande métropole et de son cœur, (la volonté de l’Etat visant à desserrer l’activité et l’habitat hors de la ville-centre n’a pas connu les succès escomptés), une dissociation forte entre lieux de travail, de loisirs et de résidence qui pèse sur le système de transport, une congestion routière généralisée, une population vieillissante, avec, en toile de fond, le risque naturel permanent de séismes (le tremblement de terre de 1923 a fait 142 000 morts).

L’éclatement de la bulle économique et foncière au début des années 90, puis les dysfonctionnements du secteur financier qui s’en sont suivis, ont fortement remis en question la capacité d’influence de Tōkyō dans le monde. La réponse des autorités japonaises a été celle du changement dans la continuité : renforcer encore plus l’investissement dans la science et la technologie pour que l’innovation industrielle agisse comme un stimulant de l’économie. L’orientation n’est plus désormais vers la seule production manufacturière, mais aussi la recherche & développement de nouvelles technologies.
Tōkyō TMG comprend encore sur son territoire une part importante de production manufacturière, à la différence de Londres ou de New York, et reste le centre principal de la politique d’innovation industrielle impulsée par l’Etat. Les fonctions de recherche et développement, de marketing et de conception produits y sont également très présentes. La production manufacturière de Tōkyō représente encore 12% de l’emploi (comme dans la région Ile de France). Plus de 80% de ces entreprises ont moins de 10 salariés.
Le secteur tertiaire représente plus des trois quarts du PIB. Même si les activités financières ont enregistré de fortes pertes du nombre d’emplois (diminution d’environ un tiers pendant les années 90), Tōkyō concentre autant d’entreprises d’assurance et d’établissements financiers que Londres. La ville, qui était parvenue dans les années 1980-90 à se hisser au rang d’une des principales places financières internationales, a perdu du terrain face à la concurrence des métropoles occidentales et asiatiques (Shanghai et Séoul notamment) même si depuis 2004 une amélioration de la situation économique est nettement ressentie.
Le Japon est caractérisé par le niveau élevé de la dépense de recherche et développement, et le pourcentage important des chercheurs dans la population active : environ 10.4 chercheurs pour 1 000 habitants (contre 8 pour 1 000 pour l’Ile de France). La majeure partie de la recherche se situe dans le secteur privé.
La politique publique de soutien à l’innovation de Tōkyō s’appuie sur des bureaux de transferts de technologie, mis en place dès la fin des années 1990 par le gouvernement japonais pour faciliter les collaborations entre les universités, les entreprises, et les laboratoires nationaux de recherche. Les universités créent des fonds d’investissements sur leurs fonds propres, ou avec des sociétés de capital-risque, pour investir dans des start-up créées sur les campus, en association avec les entreprises privées. Le plan de création de 1 000 start-up dans les universités lancé en 2001 a été un succès : en 2006, plus de 1 500 entreprises étaient ainsi créées, et 16 d’entre elles étaient introduites en bourse. Les créations se sont surtout faites dans les domaines de la biotechnologie, des TIC, et des biens d’équipements.
Malgré cette politique d’essaimage à l’université, les liens restent insuffisants entre entreprises et organismes de recherche publique, et le problème du financement de la création d’entreprise (capital risque et business angels insuffisants) est un écueil important. La famille, les amis ou les relations familiales restent encore les principaux pourvoyeurs des capitaux initiaux des « jeunes pousses ».
Les enjeux économiques de Tōkyō sont principalement : - Le redressement de la place financière de Tōkyō. Le gouvernement japonais est convaincu de la nécessité d’un retour à une internationalisation accrue du Japon en promouvant les investissements financiers du Japon et les marchés de capitaux pour les non résidents, en renforçant les liens avec les marchés de capitaux asiatiques et en améliorant l’attractivité du marché japonais. Ce renouveau est suivi de près par le tandem Nyse-Euronext (2), la Bourse de Tōkyō envisagerait en effet d'ouvrir son capital à l'horizon 2009. - Le phénomène des délocalisations industrielles, en particulier vers la Chine. Si Tōkyō garde une industrie manufacturière encore importante, les grands groupes industriels du Japon externalisent au maximum leur processus de production en Chine. Ils s’attachent cependant à conserver au Japon les fonctions stratégiques. |
L’Etat oriente sa politique économique (3), au travers de plans successifs. Le plan 2006-2011 a été défini autour de 4 domaines scientifiques (sciences de la vie, nanotechnologie et matériaux, informatique et télécommunications, environnement), inscrits dans des espaces géographiques précis (7 clusters techno-géographiques pour Tōkyō), et associés à des universités dotées d’une autonomie renforcée.
Les projets de clusters industriels ont pour objectif de créer plus de 11 000 entreprises en 5 ans. Il s’agit de deux clusters sectoriels, l’un centré sur les TIC, l’autre sur les biotechnologies, et de cinq clusters territoriaux. La région de Tōkyō est fortement impliquée dans ces projets (4). Une évaluation des précédents plans clusters a mis en évidence des progrès de productivité (une augmentation des profits des PME, avec une stabilisation du nombre d’emplois) et aussi l’insuffisance des relations avec les institutions financières.
L’organisation du soutien aux entreprises est aussi fondée sur :
- une agence des PME qui cible des entreprises à fort potentiel (dotées d’un plan de recherche et développement) pour leur faire bénéficier d’un ensemble d’aides financières ;
- un « plan clusters industriels », mis en place par le ministère de l’économie, du commerce et de l'industrie du Japon (METI), qui vise à inciter les grandes entreprises à développer leurs liens avec les universités et à s’investir dans l’amélioration de la capacité d’innovation des PME. Les domaines industriels ciblés sont les appareils électroménagers intelligents, les robots, les contenus au service de l’information, les appareils et services pour la santé, pour l’environnement et pour l’énergie.
Schéma d’aménagement de l’agglomération de Tōkyō (6) |
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Le Plan stratégique de Tōkyō :
- donne la priorité au renouvellement urbain dans « le noyau central » ;
- l’organisation de la métropole s’appuie sur une série de pôles structurants à vocation différenciée, bien desservis en transports en commun ;
- la nouvelle rocade métro autour de l’hyper centre doit structurer la ville-centre « renouvelée » et ses espaces périphériques.