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Synthèse


En 2002, la CCIP Paris avait entrepris un premier travail sur l’économie parisienne (1). Le bilan de cette étude faisait état d’une érosion continue du nombre d’emplois dans la capitale, dont une petite partie seulement se retrouvait « extra muros ». L’étude concluait à la nécessaire mise en œuvre, pour enrayer cette tendance, d’un projet ambitieux de développement économique de Paris.

Cinq ans écoulés, la CCIP Paris a pensé utile d’effectuer un nouveau diagnostic de l’économie parisienne précédé d’une présentation comparée des stratégies de développement à long terme de métropoles comparables – donc a priori concurrentes - et du rôle joué par leurs villes-centre.

- Le Grand Londres  prend clairement parti pour un renouvellement urbain ambitieux des zones Centrales et Est de la ville-centre (London plan), associé à une modernisation des infrastructures de transport en commun. Il s’appuie sur la puissance de son cluster financier et sur la formidable accélération donnée par la préparation des futurs jeux olympiques.

- Tokyo TMG conforte l’hypercentre de la mégalopole dans ses fonctions stratégiques de commandement, en le densifiant encore, tout en le relayant par des infrastructures puissantes à des pôles urbains périphériques à vocation différenciée. Quatre secteurs d’activité ont été identifiés comme prioritaires (sciences de la vie, nanotechnologie et matériaux, informatique et télécommunications, environnement) et sont affectés à sept pôles géographiques.

- La région de la baie de San Francisco parie encore et toujours sur l’innovation, en élargissant ses domaines d’excellence premiers (technologies liées à Internet) aux biotechnologies, aux médias numériques et aux « cleantechs ». Sa stratégie de développement est partagée entre la ville-centre, l’Etat de Californie et les acteurs locaux privés (programme « Mission Bay » dans la ville de San Francisco).

- Le Grand New York s’appuie sur plusieurs axes pour attirer et maintenir les entreprises et les emplois : la revitalisation de New York City (en particulier le projet « Lower Manhattan »), une initiative sectorielle ambitieuse autour des biosciences, et un appui transversal aux PME à travers la politique des « small business services ».



Il apparaît que ces métropoles affichent toutes de grands objectifs économiques pour demain.
Elles sont engagées dans la course à l’innovation pour compenser les coûts élevés de fonctionnement inhérents à toute grande agglomération, consentent un effort important d’investissement dans les infrastructures de transport, et entretiennent des ambitions fortes de modernisation de leur ville-centre, à laquelle un rôle historique, médiatique et économique majeur est imparti.

De plus, si la compétition est économique, elle est aussi médiatique. Londres, New York et San Francisco pratiquent un marketing territorial fort (California Wants Your Business !)

 

Face à cette forte détermination, les ambitions parisiennes manquent de force.

- Au plan régional, certes, le SRDE de 2006 traçait des secteurs d’activités prioritaires et des pôles de compétitivité. Mais plus récemment, le projet de SDRIF de 2007 n’accorde pas au développement économique la forte priorité pourtant nécessaire, et introduit même de multiples obstacles à la croissance qui ont poussé la CRCI et les CCI de la région Paris-Ile de France à émettre à son encontre un avis défavorable.

- Au plan municipal, des programmes ont été lancés en faveur du développement économique, en particulier dans les domaines de l’innovation (Paris technopole(2)) et de l’aménagement de pôles économiques d’envergure, en voie d’achèvement (Paris Rive Gauche) de commencement (Paris Nord Est…) ou de moindre ampleur (Porte des Lilas). Toutefois, si les occasions d’exprimer de fortes ambitions économiques pour la capitale n’ont pas manqué avec le Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), le Plan Local d’urbanisme de Paris (PLU), et plus récemment le projet de Plan des Déplacements de Paris (PDP) … force est de constater que cela a été loin d’être le cas.


Malgré tout, la place économique de Paris dans la zone dense reste forte (avec plus de 2 millions d’habitants, 291 000 établissements et 1 650 000 emplois) et son tissu économique marqué par des spécificités positives fortes :

 

Mais les analyses de l’évolution de l’emploi et de l’immobilier d’entreprise révèlent un phénomène de desserrement qui ne joue pas en faveur de la capitale. Le glissement orienté d’abord vers l’ouest (en particulier La Défense) se double de mouvements vers d’autres pôles en petite et grande couronnes. Toutefois la capitale n’est pas le plus souvent déconnectée de cette réorganisation spatiale, de ces pôles nouveaux. Elle y est souvent un acteur majeur parce que les liens entre les pôles et entre les entreprises se renforcent et se complexifient.

Plus finement, et schématiquement, il ressort du récent diagnostic de la CCIP75 que les grands secteurs d’activité parisiens évoluent de manière différenciée :

- les activités « de grande métropole », que sont les services aux entreprises, les activités financières, et aussi les activités culturelles, fortement implantées dans la capitale, se caractérisent par une forte création de valeur ajoutée. Le nombre d’entreprises y est en augmentation, le rythme de renouvellement du tissu soutenu, la situation financière correcte mais l’emploi globalement en baisse.

- le nombre d’entreprises liées à l’innovation est en augmentation. Celles-ci sont relativement jeunes (dans l’informatique une entreprise sur deux a moins de 4 ans), relativement peu pérennes et se localisent préférentiellement dans la capitale pour la proximité des marchés offerts par les entreprises de type « grande métropole ». Elles bénéficient d’un environnement favorable et d’une politique de soutien (pôles de compétitivité).

- parmi les activités plus traditionnelles (industries de biens de consommation, construction), tout comme les activités liées à l’économie locale (commerces et services de proximité, services à la personne), les entreprises ont souvent une santé financière plus fragile (la viabilité financière reste incertaine pour près d’un commerce de détail sur deux). Elles rencontrent de plus des difficultés de recrutement de personnel, et le renouvellement des chefs d’entreprises est un enjeu majeur (transmissions à faciliter).

- Le tourisme (le secteur des hôtels-cafés-restaurants principalement) est le secteur d’activité qui a créé le plus d’emploi sur la période récente (2000-2005, +10500 emplois). Il est toutefois également confronté à des problèmes financiers, de recrutement ou de transmission.


Ainsi de forts contrastes caractérisent l’économie parisienne. Ils sont sans doute le reflet de la complexité d’une ville-centre d’agglomération, avec d’un coté des secteurs orientés vers la mondialisation, et de l’autre coté des secteurs dépendant d’une économie locale.

Il n’en demeure pas moins que, tous secteurs confondus, l’économie parisienne connaît un taux de croissance inférieur à la moyenne régionale ou nationale, et que cette régression relative est plus marquée encore lorsqu’on la mesure en termes d’emplois.

 


Ces éléments de constat conduisent la CCIP Paris à réaffirmer l’urgence d’une grande ambition pour Paris, dont la portée dépasse de loin le cadre parisien. Laisser l’économie parisienne s’affaiblir porterait en effet un préjudice certain au développement économique de l’ensemble de la métropole, voire de la France. Paris, ville-centre, est investie d’une responsabilité particulière, celle de jouer pleinement son rôle de moteur économique sur le territoire francilien.

Vouloir rester dans les premiers rangs dans la concurrence mondiale nécessite alors de mettre en œuvre au cœur de l’agglomération une stratégie de développement économique forte et équilibrée entre les moyens à affecter aux secteurs dominants, émergents et traditionnels. Celle-ci pourrait s’orienter autour de trois grands axes à l’image de ce que nous proposons de nommer le « trépied de l’économie de Paris »:

 

Ce qui suppose aussi de remplir trois conditions de portée générale qui sont autant d’enjeux, à savoir :

 

 

(1)« L’économie parisienne face à son avenir », Communication présentée par Bernard IRION, Vice-président de la Délégation de Paris et adoptée par l’Assemblée Générale du 29 mars 2002.
(2)
« Paris Développement »,  agence de développement de Paris fondée conjointement par la Ville de Paris et la CCIP, mène un programme d’actions visant à créer les composantes d’un cluster technologique international, via notamment la création de pépinière et d’incubateurs dans certains secteurs innovants.